Il n’a de commun avec les clubs de foot ordinaires que le ballon rond. « Misérables », ainsi s’appellent fièrement ses membres, des journalistes et leurs amis. Les tacles ici, ce n’est souvent pas sur le terrain, mais en dehors, avec la bouche. La devise du club, Tacle-Discipline-Respect. Une seule règle, la bonne humeur. L’organigramme y est particulier : Cabinet et Bas peuple. Tout en haut, trône un « Capitaine à vie », un petit Mussolini dont les humeurs valent loi, qui nomme même les Présidents (sic)…Bienvenue à DAFC, ce club atypique !

DAFC en quelques mots
Sa création remonte à un groupe whatsapp dénommé « Dernières Actualités » créé, en 2015, par le confrère Freddy Balao. Sauf que la plateforme, qui regroupait des ministres, anciens ministres, députés, directeurs de sociétés et autres personnalités, était tellement sérieuse que pour placer un mot, donner une information ou commenter une publication, il fallait réfléchir mille fois. A un moment donné, l’envie d’avoir un cadre plus relax réunissant ces mêmes personnes « sérieuses » a pris le dessus. D’où l’idée de mettre en place une équipe de football, se voir chaque samedi entre confrères et amis, faire dans la bonne humeur, déstresser, déconner (sic), etc.
Lancée en 2018, DAFC (DA comme Dernières Actualités) est une équipe de football qui rassemble essentiellement des journalistes, mais aussi des non journalistes qui partagent ses valeurs. « Misérables », s’appellent-ils fièrement, empruntant le terme à un homme politique togolais facilement identifiable qui, au cours d’une émission, traitait les gouvernants de « misérables sans avenir ». Ici, on fait l’effort d’allier le peu de sérieux nécessaire pour une équipe de foot à un sens poussé de la plaisanterie quand l’occasion se présente. « Le football oui, mais la bonne humeur d’abord », souligne le journaliste Nephthalie Ledy, le « Capi à vie » de l’équipe.

Pour durer à DAFC, raconte son entourage, il faut respecter au moins l’une des trois conditions ci-après : être régulier aux séances d’entrainement les samedis matins, réagir dans le forum Whatsapp du groupe pour participer aux échanges (qui souvent portent sur tous les sujets sans tabous) ou participer financièrement aux activités de l’équipe. Et il y a des membres de profils différents dans le club : hommes et femmes, jeunes, moins jeunes et grands adultes, pasteurs et adeptes vaudou, catalans et madrilènes, membres du Cabinet ou du Bas peuple.
Organigramme spécial
A DAFC, l’organigramme n’a rien de commun avec les clubs ordinaires de football. Ni Président actionnaire omnipotent qui décide, ni staff technique formel, ni tout autre structure normale. Ici, l’organigramme est constitué du « Cabinet » et du « Bas-peuple », c’est-à-dire les uns (sic) et les autres (sic). Un coach, de statut Fédéral Niveau 2, a été tout de même recruté pour donner de son expertise et contrôler le sérieux sur l’aire de jeu.

Le Cabinet, c’est cette sorte de Bureau Exécutif constitué des heureux élus – plutôt heureux choisis. Il est incarné par le « Capi à vie » et son adjoint, lui aussi à vie. Et pour y être nommé, il faudrait être né sous une bonne étoile, avoir une bonne tête, surtout pas informe ou à forme polygone irrégulier et, surtout, lécher les babines au « Capi à vie ». Mais il existe aussi un raccourci : poser un acte intéressé à son endroit : un plat de spaghetti avec œuf et mayonnaise, de la viande colorée-là que nos amis Mahométans abhorrent – suivez juste les regards – ou bien une bouteille d’Agrume bien tapée…Et quand on y est, on est tenu de vouer respect et considération au « Capi à vie», sinon…
Le Bas-peuple, ce sont les autres « misérables » non membres du Cabinet, en quelque sorte les prolétaires du club, qui n’ont pas voix au chapitre. Certains s’en réclament même, histoire d’avoir les coudées franches pour foutre du bordel, tacler le « Capi à vie » et son Cabinet. Il arrive que l’un d’eux fomente un coup d’Etat, pas militaire s’il vous plaît, comme c’est devenu brochettes de soja – en Afrique de l’ouest- là, mais institutionnel, pour destituer le capitaine omnipotent et son Cabinet. Mais ces tentatives ont toujours été déjouées par les services de renseignement (sic) du Cabinet …

« Le Cabinet, c’est un peu comme un exécutif où seul le capitaine décide de qui peut en être membre, avec des postes taillés sur mesure, ou de qui démettre de ses fonctions. Et en face, nous avons le Bas peuple. On a juste voulu caricaturer ce qui se passe dans nos Etats en Afrique. Vous avez un leader dit éclairé, chef suprême de quoi, qui ne bouge jamais, mais se charge de démettre les autres qui, eux aussi, n’y trouvent généralement pas d’inconvénients. Et devant, vous avez des opposants qui disent vouloir défendre les aspirations du peuple», précise le « Capi à vie ».
Un « petit Mussolini » aux commandes
A DAFC, le capitaine s’est octroyé un mandat à vie, un pouvoir sans borne, textuellement comme dans les dictatures tropicales très loin de notre cher Togo – hihihi…C’est ce « petit », la trentaine révolue à peine, qui tire tout le monde du bout du nez, même ses grands frères et possiblement géniteurs. Ses envies valent loi, il nomme même les Présidents – c’est le monde à l’envers. Et il ne le fait pas pour leurs beaux yeux, encore moins pour leur gros français ; mais pour la profondeur de leurs poches, les gestes intéressés qu’ils pourraient faire.

Un don de ballon, la prise en charge de la 3e mi-temps, l’achat de bouffe, etc. suffit pour être nommé Président à DAFC. La simple nomination vaut requête tacite, et les concernés parmi lesquels de grands messieurs dont Peter Dogbe de RFI ou encore Toba Tanama, l’ancien Directeur de l’Information et de la Communication de l’ex-Président de la République, aujourd’hui du Conseil Faure Gnassingbé, le prennent avec sportivité, sourire, empathie…
« Nous avons des postes de Présidents que seul le capitaine a le droit de nommer si les conditions sont réunies. Et ces conditions sont claires pour tout le monde : principalement faire manger, et bien, le capitaine et quelques rares fois son Cabinet, et accessoirement, assurer certaines petites dépenses de l’équipe quand nous en avons besoin », précise l’intéressé. Et la durée de la présidence dépend de la générosité du concerné. Ainsi il peut être reconduit une semaine supplémentaire, une autre encore s’il a été généreux…Avec le « Capi à vie », on peut être nommé au sein du Cabinet, mais se voir démettre aussitôt ou juste après quelques heures, si on lui manque du respect…

Un but du « Capi à vie » à l’entrainement, cela vaut des célébrations et mimiques que les autres joueurs et/ou membres sont obligés de supporter. Et sur la plateforme Whatsapp, un show en couleurs et un reportage photos agrémenté de commentaires décrivant une action messiesque – digne de Lionel Messi – pour les absents, obligés d’endurer cela pendant un moment. Comment prendre pour faire (sic), c’est le « petit Mussolini » qui fait son numéro…
Tacles, bonne humeur…
Les trainings ont lieu les samedis matins dès 7 H, au Centre olympique Anani Matia, près du stade de Kégué. Mais dans les faits, ils débutent bien avant, avec des tacles, entendu des provocations, taquineries, et quelque fois, un petit tour de l’actualité. « Nos tacles, c’est avec nos bouches et non les pieds, juste des moments de plaisanterie entre amis. Et ces moments sont plutôt les plus intéressants et les plus réguliers, que ce soit dans notre groupe Whatsapp ou aux séances d’entrainement les samedis. Et dans cette logique-là, tous les coups sont permis, mais dans le respect réciproque et une certaine discipline », souligne le « Capi à vie ».

A la fin, souvent aux environs de 9 H 30 – 10 H, le groupe se dirige vers ce qui est abusivement appelé le « siège annexe » du Cabinet, un…bar situé à côté de la Fédération togolaise de football (FTF) où a lieu la 3e mi-temps. Et c’est souvent le lieu de désignation des Présidents qui n’ont qu’un mandat d’une semaine. C’est aussi là que se passe l’autre partie de la bonne humeur, sur fond de conneries, de blagues, etc.
Vous l’aurez compris, DAFC, c’est du blaguer-tuer. « Qui n’aime pas la bonne humeur ne peut pas y survivre. Nous estimons qu’en tant que journalistes, nous faisons un métier déjà assez stressant. D’où le besoin de faire de DAFC un regroupement de la bonne humeur avec la petite organisation qu’il faut autour. Et depuis, l’équipe grandit avec ces valeurs, sans grand bruit », souligne le Capitaine. Illustration de la bonne humeur, les disputes et prises de bec simulées dans le groupe Whatsapp par le Capitaine et son adjoint à vie.

En effet, il arrive que les deux se mettent à s’insulter proprement, se donnant même des coups en bas de la ceinture, c’est-à-dire rentrant dans la vie privée l’un de l’autre. Cela dure parfois des heures. Djah, c’est une mise en scène. Loin des yeux et des oreilles indiscrets, ils s’étaient entendus, en amont, pour livrer ce spectacle et amuser la galerie. Mais très souvent, beaucoup de membres tombent dans le panneau. Après quelque temps, les deux capitaines reprennent leurs esprits et avouent le jeu. Et à ceux qui se sont fait gruger de leur envoyer une cargaison d’insultes, ce qui permet aux deux dirigeants de connaître les positions réelles des uns et des autres (sic).
Au demeurant, c’est ça, DAFC. Et dans un pays où la seule évocation du nom charrie du stress, des DAFC pour déstresser, ce seraient des hypertendus et victimes d’AVC (accident vasculaire cérébral) de moins…


