Les acteurs du showbiz togolais et de la culture en général ne sont pas contents, mais alors pas du tout. Ils n’en peuvent plus ne supporter les souffrances à eux imposées et la mise à mort lente de leur secteur et ont tenu à le crier tout haut. C’était ce mardi 24 février 2026, au cours d’une conférence de presse urgente et (d’expression) de colère organisée par la Fédération togolaise de musique (FTM) à l’espace culturel Miva.

Motivation et état des lieux
« Cela fait plus de cinq ans que nous sommes dans un processus de restructuration de notre secteur pour un meilleur devenir du monde des arts et de la culture. Mais nous constatons que ce n’est qu’un éternel recommencement (…) Aujourd’hui les artistes en ont marre. Nos textes sont désuets, il n’y a plus de mécanisme de financement et de soutien, les fonds de mobilité sont quasi-inexistants. Devant cette situation, nous voulons prendre nos responsabilités et alerter les plus hautes autorités. Le secteur culturel est à terre, les espaces culturels sont fermés, il n’y a plus d’activité», motive Ariel Dassanou, le Président de la FTM.
En effet depuis plusieurs années, le secteur culturel togolais traverse une crise profonde marquée par l’absence de mécanismes de financement fonctionnels, un cadre juridique obsolète, la précarité sociale des artistes, la fermeture progressive des espaces culturels et un exil croissant des créateurs, dresse la FTM dans sa déclaration rendue publique. « Malgré ces difficultés, les artistes continuent de créer et de représenter le Togo, souvent au prix de sacrifices personnels considérables », souligne-t-elle. La crise est aussi humaine. Plusieurs artistes sont souffrants, hospitalisés ou en soins, sans moyens suffisants pour se soigner. Certains interrompent leurs traitements faute de ressources. D’autres décèdent dans l’indifférence, laissant familles et œuvres inachevées. Pour fuir la misère, de plus en plus d’artistes prennent le chemin de l’exil par nécessité de survie. Ces situations, croit fermement la FTM, sont « les symptômes d’un système qui ne protège pas ses créateurs ».

Par cette sortie, la FTM a voulu dresser un état des lieux réel et documenté du secteur musical togolais, alerter l’opinion publique sur les difficultés structurelles et humaines que traversent les artistes et les professionnels de la musique, présenter des revendications et propositions concrètes fondées sur des textes existants et appeler à un dialogue structuré et permanent avec les autorités compétentes. A en croire ses responsables, la rencontre n’est ni une action de confrontation, ni une protestation, mais une alerte responsable portée par les acteurs du secteur.
Revendications et propositions
A l’occasion, l’organisation faîtière de la musique au Togo formule des revendications tournant autour de cinq (05) points et les assortit de propositions censées.
Sur le Fonds national de promotion culturelle (FNPC) créé depuis 2023, la FTM déplore sa non-mise en œuvre, faute d’appels à projets et requiert un compte rendu sur les trois années écoulées, la nomination de ses organes dirigeants et le lancement d’un appel à projets publics et transparents.
Concernant la rémunération pour copie privée, la FTM regrette que le Togo n’ait pas transposé dans la législation nationale la Directive n°07/2023/CM/UEMOA avant l’échéance de septembre 2025 pour rendre effectif ce droit et demande sa mise en œuvre pour en permettre la jouissance aux créateurs.
Les artistes réclament par ailleurs une réforme de la loi sur les droits d’auteur datant de 1991. Les artistes la trouvent inadaptée à l’ère du numérique et demandent l’adoption et la promulgation urgentes du projet en attente au Parlement depuis plusieurs années.

Le monde culturel exige également une protection sociale et un statut pour l’artiste. Travaillant sans couverture sociale ni reconnaissance formelle, les artistes sont souvent laissés pour compte en cas de maladie. Face à cette situation, la FTM demande la reconnaissance du métier d’artiste et la mise en place de mécanismes de protection adaptés.
Dernière revendication, la Fédération togolaise de musique exige la mise en place d’un cadre permanent de dialogue entre l’Etat et les organisations professionnelles du secteur culturel. Réaffirmant son attachement au dialogue, elle rejette toute logique de confrontation, insiste sur la reconnaissance de l’expertise des acteurs du terrain…
« La culture n’est pas un luxe. Quand un artiste ne peut pas se soigner, quand un créateur est contraint à l’exil, c’est toute la Nation qui s’appauvrit », croient fermement les artistes togolais. Pour davantage interpeller les autorités gouvernementales, notamment le Président du Conseil, ils ont réalisé, au terme de la rencontre, de petites capsules vidéos à publier sur les réseaux sociaux.


