mercredi, mai 13, 2026

Le PPT plaide pour l’abrogation des peines privatives de liberté dans le Code de la presse

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La situation de la liberté de presse n’est pas fameuse malgré les artifices. Dans l’édition 2025 de son outil de pression « Baromètre de la presse togolaise», rendu public ce mercredi au cours d’une conférence de presse à Lomé, le Patronat de la presse togolaise (PPT), après avoir fait l’état des lieux sur la période allant de mars 2023 au premier semestre 2026, appelle les gouvernants à l’abrogation des peines privatives de liberté dans le code de la presse en cours de révision, loin des yeux et des oreilles indiscrets…
Rappels des faits majeurs
Dans son état des lieux, le PPT point des faits majeurs attentatoires à la liberté de presse ayant marqué cette période de mars 2023 à mai 2026.
L’organisation énumère les mésaventures de Roger AMEMAVOH, promoteur du média en ligne « Capture Média », victime en février dernier des menaces de mort et d’intimidations de la part des individus non identifiés, après publication d’un reportage sur un litige foncier à Latékopé (Commune Agoè-Nyivé 6), les incidents préoccupants subis en novembre 2025 par les journalistes Edem GADEGBEKU, Anani GALLEY et Robert DOUTI, tous membres de TRP-Truth Reporting Post…
Le PPT évoque aussi les nombreuses plaintes à l’encontre du journal Tampa Express, l’interpellation en juin 2025 de la consœur Flore Monteau, journaliste de TV5 MONDE, la confiscation de son matériel et l’exigence de la suppression des images, la suspension, toujours au mois de juin 2025, de RFI et France 24, l’arrestation en avril 2025 à Tsévié d’Albert AGBEKO, Directeur de la Publication du media en ligne TogoScoop alors qu’il couvrait la révision des listes électorales.

Table d’honneur

L’organisation patronale de la presse cite les redressements fiscaux de quatre millions trois cent trente-et-un mille huit cent soixante-dix-neuf francs CFA (4 331 879 FCFA) et de cinq millions vingt-cinq mille neuf cent trente-sept francs CFA (5 025 937 FCFA) subies en juin 2023 et novembre 2024 par le trihebdomadaire Liberté, les violences exercées en septembre 2024, au siège de la CDPA à Lomé, sur les journalistes Godfrey AKPA, Hyacinthe GBLOEDJRO, Yawo KLOUSSE, Romuald Koffi LANSOU, Albert AGBEKO et Yvette SOSSOU et des personnalités politiques…
« Ce tableau est le portrait du journalisme au Togo, où violences et violations restent monnaie courante. Il révèle, en effet, une pratique d’un métier sous tension, entre pressions directes et autocensure. Pour de nombreuses rédactions, couvrir l’actualité critique revient à naviguer dans un espace d’incertitude, où l’information peut coûter cher, porter préjudices », glose le PPT.
Assainissement du cadre légal défavorable à l’ancrage de la liberté de la presse
Se fondant sur les cas Ferdinand AYITÉ, feu Joël EGAH, Anani SOSSOU, Loïc LAWSON et Apollinaire MEWEMENESSÉ, le PPT trouve urgent que « les professionnels des médias se mobilisent pour défendre la liberté de la presse au Togo » et formule un plaidoyer pour l’abrogation des peines privatives de liberté dans le code de la presse qui serait en cours de révision, selon les indiscrétions…

Honoré Adontui, Pdt du PPT

Après un rappel complet du processus d’adoption du code pénal en 2015, les manœuvres de tromperie des autorités dont le ministre de la Justice, Me Tchitchao TCHALIM et le Président du groupe parlementaire majoritaire Unir, Christophe TCHAO, le PPT estime que « les raccourcis juridiques et l’empressement avec lequel les journalistes sont arrêtés dans notre pays sont de nature à favoriser un retour inquiétant de l’autocensure dans les médias et jettent par-dessus tout, du discrédit sur la gouvernance du Président Faure Gnassingbé ».
Il fustige les dispositions aux antipodes de la dépénalisation des délits de presse : Article 3, alinéa 2 qui écarte les réseaux sociaux de son champ d’application ; Article 5, relatif à la presse en ligne qui précise les moyens de communication qui ne sont pas considérés comme organes de presse en ligne ; Article 156 qui renforce l’article 3…et demande l’abrogation de ces dispositions privatives de liberté, de même que les lourdes peines d’amende pour les délits de presse à hauteur de 2, 3 voire 5 millions de francs CFA (articles 150, 151, 152, 159, 160, 161, 162, 163, 166, 167, 168 et 169) du nouveau code. « La précarité et l’environnement économique dans lequel végète la presse privée togolaise ne permet à aucun média privé de faire face à ces lourdes peines d’amende. Les entreprises de presse se trouveront dans l’obligation de mettre la clé sous le paillasson », craint l’organisation.
Fort de tout ce qui précède, le Patronat de la Presse Togolaise lance un vibrant appel à la mobilisation de tous les professionnels des médias pour l’abrogation de l’alinéa 2 de l’article 3, l’article 5 relatif à la presse en ligne et l’article 156 du Code de la presse et de la communication du 07 Janvier 2020 ; l’allègement des lourdes peines d’amende du nouveau Code de la presse et de la communication pour les arrimer aux dispositions de l’ancien Code de la presse et de la communication ; l’adoption du décret d’application de la Convention de Florence et du protocole de Nairobi, ratifiés par le Togo depuis le 16 Novembre 2009 et censés permettre de baisser le prix des intrants d’imprimerie, des outils et matériels de production et de diffusion médiatique, à hauteur de la moitié de leurs prix actuels.
A côté de ces plaidoyers, le PPT rappelle qu’il n’y a pas de liberté sans responsabilité et convie aussi les journalistes à une autocritique sincère et à plus de professionnalisme dans l’exercice de leur métier.

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