Souvent victime de stigmatisation pour son handicap moteur à cause de son activisme politique en faveur de l’opposition – il est membre de plusieurs organisations de la société civile engagée pour la démocratie et l’Etat de droit au Togo -, Fovi Katakou a publié un témoignage émouvant sur l’origine de son handicap. Bien plus, il fait part de son mental d’acier, de sa résilience et adresse un message de réconfort aux personnes handicapées de tout genre.
«‘’Fovi, Dieu sait pourquoi il t’a fait comme ça’’. Cette phrase revient souvent chez ceux qui n’ont plus d’arguments face à mes analyses ou à mes prises de position. Beaucoup pensent qu’en me disant cela, ils vont me blesser, me décourager ou me mettre en colère », écrit le compatriote sur ses réseaux sociaux. Profitant de l’occasion, il a tenu à partager l’histoire de son handicap que ses contempteurs ignorent sans doute.
L’origine de son handicap
Fovi Katakou n’est pas né en situation de handicap. « À l’âge de cinq ans, le destin en a décidé autrement. Beaucoup ont spéculé sur ma maladie. Certaines mauvaises langues ont même accusé ma mère (…) Des personnes sont allées jusqu’à dire que ma mère m’aurait sacrifié pour gagner de l’argent. Pourtant, ma mère était une commerçante dont les activités prospéraient. Sans les problèmes de santé de ses enfants et sa volonté de nous offrir le meilleur, elle aurait certainement accumulé une grande richesse. Mais le destin en a décidé autrement. Son argent, son temps et son énergie ont été consacrés à soigner ses enfants », relève-t-il.
« Après ma maladie, mes parents ont passé sept années à parcourir les hôpitaux, les églises et les tradithérapeutes, dans l’espoir que je retrouve l’usage de mes membres. Imaginez les sacrifices qu’ils ont consentis. Lorsque j’ai retrouvé l’usage de mon bras gauche, j’ai moi-même demandé à mes parents d’arrêter les traitements. Je leur ai dit : ‘’Je veux aller à l’école’’. Et c’est ce qui a été fait. Avant de reprendre les études à l’âge de douze ans, j’avais déjà accepté mon handicap. J’avais compris que je devais apprendre à vivre avec lui. J’avais surtout compris qu’un handicap n’est pas une limite. Avec de la résilience, on peut continuer à avancer malgré les obstacles », poursuit le compatriote. Et de répondre à ses détracteurs : « Alors, lorsque certains me disent : ‘’Dieu sait pourquoi il t’a fait comme ça’’, ils ne m’atteignent pas ».
Mental d’acier et résilience
Fovi Katakou dit remercier Dieu de lui « avoir donné un mental fort, une immense envie de vivre et la capacité de poursuivre [ses] rêves malgré [son] handicap ». « Mon handicap ouvre parfois des portes et crée des opportunités, non seulement pour moi, mais aussi pour d’autres. Je suis une boîte à idées. Beaucoup de personnes viennent échanger avec moi, chercher des conseils ou trouver un nouveau sens à leur vie. Voilà pourquoi vous verrez toujours Fovi Katakou entouré d’hommes et de femmes. Et cela est une bénédiction », relève-t-il.
Fovi (prénom affectueux par lequel l’appellent ses proches) ne se morfond donc pas sur son handicap. Ces propos sont un témoignage vivant et un message de réconfort adressé aux handicapés de tous ordres. « Malgré mon handicap, j’ai obtenu une licence universitaire. Aujourd’hui, je développe, avec les moyens du bord, ma ferme cunicole (…) Mon handicap ne m’a pas empêché de devenir père. J’ai deux enfants, et je viens d’accueillir une petite fille », nous apprend-il. Et d’adresser une pique à ses détracteurs : « Alors, mes frères et mes sœurs, ce Dieu que certains pensent m’avoir fait subir une malédiction, moi je le remercie tous les jours ».
Le compatriote dit ne pas savoir ce qu’une personne ayant l’usage de ses deux jambes peut accomplir que lui il ne pourrait pas autrement. « Si je ne peux pas courir, j’ai des amis, des frères et des sœurs qui peuvent courir avec moi. Je suis entouré de personnes formidables qui me respectent et me considèrent pour ce que je suis », dit-il, ne trouvant aucune raison de se plaindre de Dieu.
Reconnaissance à Dieu et message d’espérance
Fovi Katakou croit découvrir le problème : « Beaucoup de personnes voient d’abord le handicap avant de voir l’être humain. Elles pensent que nous sommes prisonniers de notre corps. Elles se trompent ». Comme un exemple de résilience, il exhorte ses frères et sœurs en situation de handicap à ne pas baisser les bras : « À vous, mes jeunes frères et sœurs en situation de handicap, ne laissez jamais les paroles des autres définir votre valeur. La chose la plus importante est votre mental ».
Aux parents d’enfants en situation de handicap, il lance cet appel : « Apprenez à vos enfants à s’aimer, à croire en eux et à développer une solide estime de soi. Les insultes viendront. Les regards aussi. Mais c’est le sens que nous leur donnons qui fait toute la différence ». Il dit avoir « compris très tôt que le canard ne se plaint pas d’être un canard, que le lézard ne se plaint pas d’être un lézard, que la mouche ne se plaint pas d’être une mouche. Même un arbre, qui ne peut pas se déplacer, ne se plaint pas de sa condition. Chaque être vivant accomplit sa mission avec la nature qui est la sienne. Pourquoi Fovi Katakou devrait-il se plaindre de son handicap ? »
En définitive, il « préfère remercier Dieu de [lui] avoir ouvert les yeux de l’esprit, donné l’intelligence, la sagesse et la force de vivre librement au milieu des autres ». Reconnaissant au Seigneur d’avoir déjà beaucoup fait pour lui, il le prie de mettre sur son chemin « les personnes, les opportunités et les ressources qui [lui] permettront d’accéder à une nouvelle étape de sa vie, afin qu’il devienne un exemple, une source d’espérance et une école de résilience pour l’humanité ». Et à ce Dieu que certains pensent lui avoir fait subir une malédiction, Fovi Katakou dit : « Merci, pour tout ce que tu as déjà fait pour moi. Merci aussi pour tout ce que tu feras encore. Merci. Aujourd’hui, demain et pour toujours ».
Emouvant !
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