On l’a rarement vue ces derniers temps aussi soudée (sic), en tout cas devant les caméras. L’opposition togolaise, dans ses diverses composantes, s’est présentée unie devant la presse ce mardi 25 août au siège de l’Alliance des démocrates pour le développement intégral (ADDI). Avec en main un mémorandum commun pour une sortie de crise au Togo à la suite de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO sur le changement constitutionnel de 2024. Tirant les conséquences, les signataires parmi lesquels les partis politiques, mais aussi des regroupements et organisations de la société civile dont la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH), l’Association des victimes de torture au Togo (ASVITTO), la Coordination de la diaspora togolaise pour l’alternance et la démocratie (CODITOGO) exigent une transition politique au Togo.
Les deux principaux blocs actuels de l’opposition, notamment le Cadre national de concertation pour le changement (CNCC) comprenant l’Alliance nationale pour le changement (ANC), les Forces démocratiques pour la République (FDR), l’ADDI, le Pacte socialiste pour le renouveau (PSR) et le Front citoyen Togo Debout (FCTD), et la Dynamique pour la majorité du peuple (DMP) incarnée par la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) et ses alliés du Front Touche pas à ma Constitution (TPMC), Lumière pour un développement dans la paix (LDP) et la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK) originale, porteurs du Manifeste Génération Togo (MGT) à la base du présent mémorandum, notamment leurs leaders, à la même table, pour une action commune…
C’est rare, ces dernières années, pour être souligné. C’est pourtant ce qui s’est passé ce mardi au siège de l’ADDI. Profs Aimé Gogué de l’ADDI, Komi Wolou du PSR, David Dosseh du FCTD, tous du CNCC, Mme Brigitte Adjamagbo-Johnson de la CDPA, N’wakin Targone Sambiri de Démocrates socialistes africains (DSA) et Gérard Adja, tous membres de la DMP, Nathaniel Olympio du Parti des Togolais et du Front TPMC, Tchagnaou Ouro-Akpo de LDP…ils étaient tous, ou presque, là. Seuls manquaient à l’appel Jean-Pierre Fabre de l’ANC et Me Dodji Apevon des FDR. Juste de corps, car leurs formations et regroupement politiques ont bel et bien signé le mémorandum commun.

En effet, dans ce document présenté à la presse nationale et internationale fortement mobilisée compte tenu de la solennité de l’événement, après un rappel du contexte avec le coup d’Etat constitutionnel au pouvoir sans fin, de la succession de réformes orientées vers la conservation du pouvoir, des différentes péripéties politiques (2005 avec la succession par les armes et les 500 morts, l’opposition du régime de Lomé à la limitation régionale des mandats, la concession tactique de 2017-2019 pour calmer la rue et le grand déni du suffrage universel avec le changement constitutionnel de mai 2024, l’opposition tire les conséquences de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO…
« L’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO juge illégales et illégitimes la 5e République et toutes les institutions qui en découlent. Il en résulte que cet arrêt replace le Togo à la case départ, c’est-à-dire dans la situation qui prévalait avant le coup d’Etat constitutionnel ; en clair, un retour à la Constitution de 1992. L’élection présidentielle qui devait se tenir en 2025 n’a pu se tenir à cause du coup d’Etat constitutionnel, d’où la nécessité de l’ouverture d’une période de transition politique. L’exécution de l’arrêt de la Cour de justice de la CEDEAO implique que l’Union africaine et son Conseil Paix et Sécurité appliquent les mesures prévues aux articles 24 et 25 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance », lit-on dans le mémorandum rendu public à l’occasion.
« L’arrêt de la Cour de justice de la CEDAO ayant déclaré illégales et illégitime la réforme constitutionnelle de 2024 et les institutions qui en sont issues, cela impose l’ouverture d’une transition politique qui devra engager les réformes institutionnelles indispensables au rétablissement de l’ordre démocratique et de l’Etat de droit. Cette transition aura pour objectif de satisfaire aux urgences sociales, sécuritaires, à la libération des détenus politiques, au retour des exilés politiques et à la refondation de la République », précise le document.
Dans cette perspective, les signataires appellent la communauté internationale, notamment la CEDEAO, l’Union africaine, l’Union européenne, les USA et les Nations unies à accompagner le Togo dans ce processus de retour à l’ordre normal. « Cet accompagnement devra se faire sur la base et conformément à l’esprit des dispositions des articles 23, 24 et 25 de la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance adoptée le 30 janvier 2007 à Addis-Abeba en Ethiopie, et 3, 7 et 9 du Protocole relatif à la création du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union africaine adopté le 9 juillet 2002 à Durban en Afrique du Sud », soulignent-ils.
Enfin, ils exhortent le peuple togolais et toutes les bonnes volontés à « s’inscrire dans une dynamique de mobilisation citoyenne afin de restaurer l’ordre constitutionnel » et réaffirment leur engagement et leur détermination à « saisir l’opportunité de cet arrêt historique de la Cour de justice de la CEDEAO pour conclure la longue lutte des Togolais en mettant fin à la dictature ».


